Programme

Kurt Weill : Kleine Dreigroschenmusik

  1. OVERTURE
  2. DAS MORITAT VON MACKIE MESSER
  3. ANSTATT-DASS SONG
  4. DIE BALLADE VOM ANGENEHMEN LEBEN
  5. POLLYS LIED
  6. TANGO-BALLADE
  7. KANONEN-SONG
  8. DREIGROSCHEN-FINALE

Gustav Holst : St Paul’s Suite

  1. JIG
  2. OSTINATO
  3. INTERMEZZO
  4. FINALE (THE DRAGASON)

Vincent Métrailler : Suite pour Yodel et orchestre

  1. Ouverture
  2. Heech obä
  3. z’Alp
  4. I love to yodel
  5. Nola
  6. Jungs gmues
  7. Moos ruef
  8. Vivaldi ist jodelbar!

La première partie sera constituée de deux œuvres du début du XXe siècle, reflet d’un intérêt nouveau pour la musique populaire et de consommation de masse. Les compositeurs de musique dite « savante » insèrent avec maestria les nouveautés techniques au niveau de l’harmonie et de la tonalité dans des pièces auxquelles l’auditeur peut s’identifier. Que ce soit la musique de cabaret, les marches, les danses chez Weill ou les jig de la tradition anglo-irlandaise chez Holst, la démarche dénote un intérêt commun pour ce répertoire longtemps oublié.

La suite de Holst est écrite pour les cordes alors que la Kleine Dreigroschenmusik est écrite pour les vents. Ce programme permet ainsi de séparer l’effectif durant la première partie et de présenter au public les différentes familles d’instruments dans un cadre plus intime. L’auditeur peut ainsi s’imprégner du son particulier de chaque pupitre qui ne se distingue pas toujours dans les grandes pièces symphoniques du répertoire. En dialoguant ainsi dans un répertoire spécifique, la diversité sonore entre les instruments est d’autant plus frappante et singulière.

Kurt Weill (1900-1950), Kleine Dreigroschenmusik

De l’opéra au potpourri, la Kleine Dreigroschenmusik reprend les interventions musicales les plus connues de l’Opéra de Quat’sous composé par Kurt Weill sur des textes de Berthold Brecht. Weill et Brecht composent cet opéra en 1927, peu après la première guerre mondiale. L’Allemagne et une bonne majorité de l’Europe sont dans une situation de pauvreté et d’injustice sociale absolues. La société veut un renouveau des valeurs afin de faire le deuil de cette guerre et la musique fait partie du débat. On ne veut plus d’une musique métaphysique et pleine de fioritures romantiques accessible à une élite, mais une musique fondée sur un langage des masses, une musique urbaine porteuse de messages politiques clairs. La radio, faisant désormais partie du quotidien de tout un chacun, amène la musique de consommation de masse d’Amérique. Le jazz débarque en Europe.

Brecht s’inspire d’un texte du début du XVIIIème siècle de Christopher Pepush et John Legay : L’Opéra des Gueux. C’est un spectacle présenté à Londres dans l’optique de s’opposer aux opéras haendéliens de la cour. Le sujet peu sublime, l’histoire d’un mendiant, permet de mettre en scène le milieu criminel défavorisé d’un quartier de Londres nommé Soho et de critiquer les conditions de vie dégradantes de toute une frange de la population.

L’histoire est simple. M. Peachum, roi des mendiants, se retrouve confronté à Mackie, roi des voleurs et autres criminels, car celui-ci a épousé sa fille en cachette. M. et Mme Peachum feront tout pour dénoncer et faire arrêter Mackie afin de tirer Polly, leur fille, des griffes de ce vaurien. Cependant Mackie a plus d’une corde à son arc. Etant ami du chef de la police, dont il a également épousé la fille, il réussit à ne pas finir pendu. Les personnages interviennent pour rappeler qu’ils sont le pur fruit de la société et que la morale est nécessaire mais qu’il est plus important de ne pas finir six pieds sous terre.

On comprend aisément pourquoi ce sujet a attiré Brecht. C’est un dramaturge qui accorde beaucoup d’importance à la question de la distanciation du spectateur face à l’œuvre, le spectateur ne doit jamais avoir l’impression que ce qui se passe sur scène est vrai, afin qu’il puisse mieux y lire les critiques sociales. L’action se déroule dans les dialogues et la musique commente sur 21 interventions les moments clés de l’histoire. Ces interventions sont des danses, des marches, de la musique de cabaret, c’est-à-dire de la musique de consommation de masse. Cependant le langage tend vers la dissonance et ce jeu avec la tonalité permet également une dimension parodique dans certains chants.

Un an après le succès de cet opéra, qui sera également traduit en français et présenté à Paris, Weill décide d’en faire une suite des « greatest hits ». La Kleine Dreigroschenmusik est orchestrée de manière particulière. L’ensemble devient très jazzy par l’insertion d’un batteur et de saxophones. Weill supprime également les cordes qu’il considère l’apanage de la musique romantique, trop élitiste à son goût, et donne une importance nouvelle aux vents et percussions.

Gustav Holst (1874-1934), St Paul’s Suite

Holst est un compositeur anglais de la fin du XIXème – début du XXème siècle. Descendant d’une lignée de compositeurs, il baigne dans la musique dès son plus jeune âge. Il vit de l’enseignement de la musique, même après le succès de The Planets il n’arrivera pas à subsister uniquement de la composition.

St Paul’s Suite est composée en 1912 mais publiée uniquement en 1922 en raison de diverses retouches du compositeur. Holst compose la pièce uniquement pour des cordes cependant il en fera également une réorchestration pour orchestre complet suite au succès de la première version de la pièce. La pièce est nommée d’après la « St Paul’s Girls School » où Holst enseigne et est directeur musical. Il dédicace cette suite à l’école en remerciement pour la construction d’un studio de musique insonorisé à son attention. La pièce est chargée de références à la musique populaire anglaise et irlandaise. Cette affinité avec les traditions musicales de son pays, Holst la doit, entre autres, au compositeur Ralph Vaughan Williams, un ami de longue date. Celui-ci est connu et apprécié pour l’insertion de chansons, danses et autres thèmes musicaux de la tradition populaire anglaise dans ses œuvres. Il va même jusqu’à en publier une compilation.

Le premier mouvement, Jig, débute par un thème entraînant à l’unisson. Rapidement deux thèmes principaux sont présentés et se volent la vedette en alternance jouant sur différents contrastes, dont la métrique passant de 6/8 à 9/8. Le second mouvement, Ostinato, débute comme son nom l’indique par un thème répété inlassablement par l’un des deuxièmes violons. Sur celui-ci se superposent ensuite les premiers violons et les altos avec le thème principal. Le troisième mouvement, Intermezzo, est plus mélancolique, plus doux. Les pizzicatos du début forment un tapis au duo violon et alto solistes. Leur thème orné de secondes augmentées prend une teinte très orientalisante. La section animée interrompt la douce rêverie pour ensuite retrouver le thème initial, cette fois-ci avec quatre solistes. Le Finale nommé également The Dargason est tiré du quatrième mouvement de la deuxième suite en Fa pour fanfare militaire. Le Dargason est originellement un monstre de la mythologie irlandaise. Greensleves, la fameuse danse irlandaise, et une deuxième danse se partagent la scène et terminent la pièce haute en couleur de Holst.

Vincent Métrailler, Suite pour Yodel et orchestre

Pour cette deuxième partie du concert, notre chef d’orchestre coiffe sa casquette de compositeur et nous concocte un programme inédit. Tout comme Weill et Holst, précédemment présentés, Vincent Métrailler explore le monde du folklore et de la tradition musicale, plus particulièrement celui de la Suisse : le yodel. Ce chant, au-delà des clichés nationalistes, est avant tout une technique vocale d’une haute difficulté. L’OVA a l’immense honneur de pouvoir compter sur la collaboration d’Héloïse Heidi Fracheboud, yodleuse renommée, pour assister notre compositeur. Vincent et Héloïse explorent ensemble les différents univers du yodel. Car si notre imaginaire collectif  l’associe à nos montagnes, nos vallées, notre histoire, il ne faut pas pour autant oublier que c’est une tradition qui s’est répandue bien au-delà de nos frontières. De l’Amérique à l’Autriche, le chant se développe au gré des traditions, insérant de nouveaux éléments de couleur locale au répertoire du yodel. Notre compositeur ajoute sa pierre à l’édifice en mêlant ce chant aux différents timbres de notre orchestre. En interprétant, arrangeant et créant des pièces nouvelles à partir de mélodies issues à la fois du répertoire folklorique et classique, il mêle les sonorités en jouant sur les timbres, les associations d’instruments et la voix de notre soliste. Un programme surprenant et entraînant, qui ravivera des sons et des couleurs, des paysages et des souvenirs chez l’auditeur.